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Mémoire du temps présent - Russe
Mémoire du temps présent
Mémoire du temps présent - Polonais

Texte publié sous le titre « Quatorze ans de politique étrangère » dans la Revue des Deux Mondes, mai 1995

En politique étrangère et de défense comme en politique intérieure, François Mitterrand a revêtu avec aisance les habits gaulliens. Le 16 novembre 1983, il n’hésitait pas à déclarer sur Antenne 2 : « La pièce maîtresse de la stratégie de la dissuasion de la France, c’est le chef de l’État, c’est moi. » Il n’a pas dit « la dissuasion, c’est moi », pas plus que Louis XIV n’a prononcé le mot qu’on lui attribue. Mais l’idée était présente. Pendant la première cohabitation, le chef de l’État a su imposer sa suprématie pour les questions extérieures en faisant prévaloir ses choix

Discours prononcé sur la place du Vieux-Marché à Rouen, le 29 mai 1995, à l’occasion de la commémoration de la mort de Jeanne d’Arc

« Dans ce monde où Isabeau de Bavière avait signé à Troyes la mort de la France en notant seulement sur son journal l’achat d’une nouvelle volière, dans ce monde où le dauphin doutait d’être dauphin, la France d’être la France, l’armée d’être une armée, elle refit l’armée, le roi, la France […].
Si tout au long du procès, elle s’en remit à Dieu, elle semble avoir eu, à maintes reprises, la certitude qu’elle serait délivrée. Et peut-être, à la dernière minute, espéra-t-elle qu’elle le serait sur le bûcher. Car la victoire du feu pouvait être la preuve qu’elle avait été trompée.

Dirsoucrs prononcé le 25 juin 1994

Vous êtes nées au XXe siècle finissant. Pour les politologues – qui tentent de scruter le monde, la naissance, la vie, le déclin et la mort des États, qui étudient les relations internationales, la formation et la disparition des systèmes techniques, le renforcement et l’affaiblissement des puissances –, notre siècle fut bien rempli, mais il fut court. Il a commencé en août 1914 avec la Grande Guerre. Il s’est achevé en novembre 1989 avec la chute du mur de Berlin.

Notice sur la vie et les travaux de Louis Joxe lue lors de la séance de l’Académie des sciences morales et politiques, le 3 mai 1994

Le siècle n’avait pas deux ans quand Louis Joxe vint au monde. Le XXe n’avait pas encore vraiment percé sous le XIXe. Lorsque, presque neuf décennies plus tard, il rendit son âme à Dieu, le monde venait de basculer dans le troisième millénaire. La vie de ce grand serviteur et de ce grand esthète a coïncidé avec l’une des périodes les plus fascinantes de l’histoire de l’humanité, le passage de l’âge européen à l’âge planétaire, la disparition d’un univers enfanté par la Révolution française et l’entrée dans une phase que l’on pressent radicalement nouvelle, qui nous excite et nous inquiète, et dont nous ne parvenons pas encore à saisir les contours.

Discours prononcé sous la coupole de l’Institut de France, à l’occasion de la célébration du bicentenaire de la création de l’École polytechnique, le 22 mars 199

Célébrer, c’est aussi réfléchir. Polytechnique a deux cents ans. S’il fallait trouver un seul mot pour la caractériser, pourrait-on dire autre chose que ce qu’elle est, une école d’ingénieurs ? Ingénieur : le mot vient de l’ancien français engeignor, dérivé de engin, d’après le latin ingenium. Il véhicule le double sens de talent, d’intelligence, d’adresse, voire de ruse, et celui d’instrument ou de machine, machine de guerre à l’origine. Le même mot est utilisé pour désigner l’activité d’Archimède, de Léonard de Vinci, de Vauban, ou celle du cadre qui dirige l’exécution de grands travaux. L’ingénieur doit domestiquer la matière pour le service des hommes. Scientifique parce qu’il lui faut comprendre les lois de la nature, il est aussi organisateur et économiste.