Textes

Adapté d’un texte publié dans Le Débat, n° 128, janvier-février 2004, dans le cadre d’un dossier consacré à L’Action et le système du monde et composé des articles suivants : Jean-Pierre Dupuy, « Une science de l’action est-elle possible ? » ; Zaki Laïdi, « L’État et la mondialisation » ; Noël de Saint-Pulgent, « L’action et la réflexion » ; Christian Schmidt, « La praxéologie en question »

Faisant écho à une remarque de Pierre Hassner , Jean-Pierre Dupuy juge que « la forme ne détermine pas le contenu et que le même style de pensée peut produire des thèses divergentes ». Plus précisément, lui comme moi pensons « par modèles », ce qui est le propre de l’activité scientifique.

Texte rédigé en 2003 pour un séminaire de philosophie des sciences sous la direction de Bernard d’Espagnat, à l’Institut de France. In Implications philosophiques de la science contemporaine, tome 3 : Complexité, vie, conscience, Paris, PUF, 2003

Essence et mesure de l’espace et du temps : La mesure de l’espace (distances) et du temps, la compréhension de leur nature font partie des préoccupations pratiques et philosophiques les plus fondamentales de l’humanité. Pratiques, car le développement des activités collectives (économiques en particulier) va de pair avec la capacité, d’une part, de mesurer les phénomènes – les étendues et les durées, mais aussi par exemple les grandeurs économiques, comme le fait la comptabilité – et, d’autre part, d’adapter les comportements (faits culturels) en conséquence.

Transcription revue d’une conférence prononcée le 2 octobre 2003 lors du séminaire « Penser l’Europe », organisé conjointement par l’Académie roumaine et l’Institut français des relations internationales à Brasov

On peut définir l’Europe, ou plutôt l’Union européenne que nous sommes en train de construire, comme une nouvelle sorte d’unité politique en voie de fabrication, selon un processus ancré dans une réalité quasi biologique et qui, par conséquent, prend du temps. Et, de la même manière que pour concevoir un enfant, il faut en principe neuf mois, pour fabriquer une nouvelle unité politique, un siècle est nécessaire, peut-être plus. L’État-nation tel que nous le connaissons aujourd’hui est l’aboutissement d’un long cheminement qui commence vers la fin du XVe siècle, se développe progressivement, aboutit au XIXe et qui, finalement, s’abîme au XXe siècle dans les catastrophes dues aux excès du nationalisme.

Texte introductif révisé du live Réformes-révolutions. Le cas de la France, Paris, PUF sous la direction de Thierry de Montbrial, Académie des sciences morales et politiques, 2003 (actes du colloque « Réformes-révolutions », organisé par la Fondation Singer-Polignac le 30 octobre 2002)

À l’origine de ce chapitre, il y a une fascination personnelle que j’éprouve depuis mon enfance, à l’époque où, sous l’influence de mon père, je lisais des livres d’histoire, parfois des auteurs célèbres comme Jacques Bainville ou Jules Michelet. Je ne comprenais pas toujours les fondements de leurs assertions. Je jugeais – c’était peut-être le futur mathématicien qui perçait – qu’il y avait dans leurs écrits beaucoup d’affirmations non justifiées. Autrement dit, je ne voyais pas clairement les théories sous-jacentes, dont je pressentais pourtant qu’elles existaient.

Version développée d’une conférence prononcée le 1er juillet 2003 dans le cadre d’un colloque organisé en hommage au mathématicien Laurent Schwartz, dans les locaux de l’École polytechnique à Palaiseau. Ce texte a été publié dans une édition spéciale de la Gazette des mathématiciens, sous le titre « Laurent Schwartz (1915-2002) », supplément au n° 98, 2003

J’ai eu la grande chance d’appartenir à la « fameuse promotion 1963 » de l’École polytechnique, dont Laurent Schwartz écrit dans ses Mémoires qu’elle fut celle qui lui a donné « le plus de bonheur ». En sont notamment issus plusieurs mathématiciens renommés.
Mon premier contact avec mon futur professeur puis collègue fut indirect. C’était l’été 1963, juste avant mon incorporation à l’X (à l’époque à la montagne Sainte-Geneviève).

Publié dans Le Courage de réformer, sous la direction de Claude Bébéar, Paris, Odile Jacob, 2002

En 1867, Victor Hugo, visionnaire comme peuvent l’être les poètes, prédisait l’avènement d’une « nation extraordinaire ». « Cette nation, écrivait-il, aura pour capitale Paris et ne s’appellera point la France : elle s’appellera l’Europe. Elle s’appellera l’Europe au XXe siècle, et aux siècles suivants, plus transfigurée encore, elle s’appellera l’Humanité. »

Texte préparé pour la séance solennelle de l’Académie des sciences morales et politiques, le 19 novembre 2001

Tous les peuples aiment qu’on leur parle, et pas seulement qu’on les écoute. Les Français peut-être plus que d’autres, en tout cas par intermittence, parce que, comme le rappelle René Rémond : « Notre culture est largement faite de la conviction que c’est par la politique qu’un peuple conduit son destin au lieu de le subir. » Ainsi observe-t-on que la participation électorale, certes en baisse comme partout, reste chez nous l’une des plus élevées des pays démocratiques. En ce début de siècle, les Français ne sont pas fâchés avec la politique, mais avec une certaine manière de la faire.

Texte rédigé pour la séance publique des cinq académies, sous la Coupole de l’Institut de France, le 16 octobre 2001.

L’avenir de la France, c’est l’Europe. Non pas l’Europe éphémère des grands conquérants, celle de César, des Habsbourgs ou des Bourbons, celle de Charlemagne ou de Napoléon, mais l’Europe libre, cimentée par le consentement de ses composantes telles que l’histoire nous les a léguées, l’Europe respectueuse d’une diversité culturelle qui sera le socle de sa propre culture et la source d’une fraternité fondée non pas sur un projet jacobin d’uniformisation, mais sur la valorisation des différences.

Transcription d’une conférence à la Société française de philosophie. Bulletin de la Société française de philosophie, séance du 13 janvier 2001

Une remarque terminologique avant de commencer. Au lieu d’« informatique », j’aurais pu dire « science de l’information ». C’est qu’il y a davantage dans l’expression « informatique ». Informatique suggère quelque chose de plus, qui est de l’ordre de l’écriture. De la même manière que l’on ne peut pas mettre de nom sur l’invention de l’écriture, nul ne peut désigner le Newton ou l’Einstein de l’informatique. J’y reviendrai plus en détail. Quant au terme de « pensée », je l’utiliserai tantôt dans un sens faible, comme la ou les manières de penser, tantôt dans un sens plus fondamental.

Discours de réception de Thierry de Montbrial à l’Académie roumaine, Bucarest, 21 septembre 2000

En me présentant aujourd’hui devant vous, j’ai conscience de l’apport inestimable de votre nation à la civilisation européenne, du droit qu’elle a acquis au long des siècles à participer pleinement à l’œuvre d’intégration entreprise depuis un peu plus de quatre décennies à l’Ouest de notre continent, des devoirs des uns et des autres pour rendre cette participation possible au plus vite. Jadis déjà, de grands historiens français dénonçaient l’injustice qui vous était faite. Depuis le XIIIe siècle, l’Europe ne cesse de découvrir et d’oublier les Roumains.