Textes

Communication à l’Académie des sciences morales et politiques, le 16 juin 2014

La réflexion sur la notion de « prévoir » s’impose en raison de malentendus dont la racine commune est la naïveté qui caractérise la plupart des discours sur l’avenir. On l’a bien vu, typiquement, à la suite des événements de l’hiver 2010-2011, curieusement qualifiés de « printemps arabe », qui – à partir d’un incident quelque part en Tunisie – ont provoqué la chute de Ben Ali puis celle de Hosni Moubarak en Égypte, et mis en mouvement d’autres forces, comme en Libye ou en Syrie. Que n’a-t-on entendu, alors, sur « l’incompétence des diplomates » ou sur la cécité des prévisionnistes !

Discours de réception de Mario Monti à l’Académie des sciences morales et politiques, Paris, le 5 mai 2014
Vous êtes italo-européen. Vous êtes italien. Vous êtes lombard. Vous êtes économiste. Vous êtes un universitaire avec ce que cela suppose d’esprit critique et d’indépendance. Vous êtes un Européen ouvert sur le monde.

Les Perspectives rédigées en juillet 2013 en introduction du Rapport annuel de l’Ifri le Ramses 2014

Communication à l’Académie des sciences morales et politiques, le 7 janvier 2013

Avant de tenter d’éclairer cette question, il convient de s’entendre sur les concepts. Celui de puissance, qui s’applique à toute unité active et en particulier à toute unité politique, est l’un des plus discutés dans la littérature. Il prête à beaucoup de confusion. Je commencerai donc par préciser ma propre interprétation. Il importe de distinguer entre pouvoir et puissance.

Intervention au colloque «Relecture de Raymond Aron – Paix et guerre entre les nations – cinquante ans après (1962‑2012)» à l’Académie des sciences morales et politiques le 5 novembre 2012

J’ai rencontré Raymond Aron pour la première fois en 1973. Il m’avait invité à déjeuner au lendemain de ma nomination au Quai d’Orsay, et m’avait longuement parlé de Paix et guerre, dont il était très fier. Un peu plus tard – en 1976 très précisément – je l’ai lu intégralement et annoté à chaque page, et relu plusieurs fois par morceaux depuis. Parallèlement, je me suis attaqué à Clausewitz grâce aussi à Raymond Aron.

François Rabelais. Texte publié dans À quoi sert le savoir, Paris, PUF, 2011

Les grands maîtres de notre tradition humaniste, comme Rabelais ou Montaigne, nous ont appris que le savoir, « ça sert d’abord à former le jugement », et qu’une tête bien faite vaut mieux qu’une tête bien pleine. À deux siècles de distance, le prince de Talleyrand, qui s’y connaissait, distinguait clairement le savoir, le savoir-faire et le savoir-vivre, et n’hésitait pas à conclure que des trois, le plus important est le savoir-vivre.

Version révisée et augmentée d’une préface rédigée en 2011 pour la traduction de À la recherche du temps perdu, publiée sous les auspices de l’Académie roumaine.
Les œuvres sont jugées au tribunal du Temps. Celle de Marcel Proust a aisément gagné en première instance, et l’on ne risque rien en pariant qu’elle l’emportera haut la main en appel. Sa singularité comme son universalité jaillissent dans la chute du Temps retrouvé : « Aussi, si elle [la force…] m’était laissée assez longtemps pour accomplir mon œuvre, ne manquerais-je pas d’abord d’y décrire les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant une place si considérable, à côté de celle si restreinte qui leur est réservée dans l’espace, une place au contraire prolongée sans mesure puisqu’ils touchent simultanément, comme des géants plongés dans les années à des époques, vécues par eux si distantes, entre lesquelles tant de jours sont venus se placer – dans le Temps. »

Version révisée d’une communication à l’Académie des sciences morales et politiques, le 28 février 2011.

Lorsque, dans les années 1978 et 1979, je jetais les fondations de l’Institut français des relations internationales (Ifri), seuls quelques initiés connaissaient en France le vocable think tank et avaient une idée au moins approximative de ce qu’il recouvrait. Ce vocable est devenu à la mode mais ne fait encore l’objet d’aucune définition consensuelle. On le traduit généralement en français par laboratoire d’idées.

Texte révisé d’une intervention au colloque « La vie et l’œuvre de Maurice Allais », à l’École des Mines de Paris, le 31 mai 2011

Je suis de ceux parmi nous aujourd’hui qui ont eu Maurice Allais comme professeur à l’École des Mines. C’était en 1966-1967. Ses anciens élèves se souviennent de la salle de cours, revêtue de panneaux muraux truffés d’équations. Il avait un collaborateur, Monsieur Berthier (à l’époque, on ignorait les prénoms). M. Berthier était son homme à tout faire. Il disposait les tableaux, que le professeur commentait au fur et à mesure. C’est M. Berthier qui, le 29 juin 1992 en début d’après midi, me téléphona pour m’informer d’une voix sinistre que je venais d’être élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques…

Réflexions autour de la première grande crise du XXIe siècle. Discours prononcé à l’occasion de la réception de Thierry de Montbrial à l’Académie royale des sciences économiques et financières de Barcelone, 18 mars 2010.

Il est banal de dire que la crise financière et économique globale qui a éclaté en 2007 avec l’effondrement du marché hypothécaire des subprimes aux États-Unis est sans précédent, et qu’elle n’est seconde en ampleur que par rapport à la Grande Dépression des années 1930.