Textes

Texte révisé d’une intervention au colloque « La vie et l’œuvre de Maurice Allais », à l’École des Mines de Paris, le 31 mai 2011

Je suis de ceux parmi nous aujourd’hui qui ont eu Maurice Allais comme professeur à l’École des Mines. C’était en 1966-1967. Ses anciens élèves se souviennent de la salle de cours, revêtue de panneaux muraux truffés d’équations. Il avait un collaborateur, Monsieur Berthier (à l’époque, on ignorait les prénoms). M. Berthier était son homme à tout faire. Il disposait les tableaux, que le professeur commentait au fur et à mesure. C’est M. Berthier qui, le 29 juin 1992 en début d’après midi, me téléphona pour m’informer d’une voix sinistre que je venais d’être élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques…

Réflexions autour de la première grande crise du XXIe siècle. Discours prononcé à l’occasion de la réception de Thierry de Montbrial à l’Académie royale des sciences économiques et financières de Barcelone, 18 mars 2010.

Il est banal de dire que la crise financière et économique globale qui a éclaté en 2007 avec l’effondrement du marché hypothécaire des subprimes aux États-Unis est sans précédent, et qu’elle n’est seconde en ampleur que par rapport à la Grande Dépression des années 1930.

Thierry de Montbrial - Leçon finale à l'école polytechnique

Leçon finale » donnée par l’auteur à l’amphithéâtre Henri-Poincaré de l’École polytechnique, le 7 mai 2009

Pendant les années où j’ai été professeur dans cette maison, j’ai enseigné deux disciplines : l’économie entre 1969 et 1995, puis, jusqu’en 2008, la « géopolitique » ou plus précisément la stratégie et les relations internationales. Je pense qu’il y a continuité entre les deux disciplines. Si je me suis intéressé très tôt à l’économie, c’est pour une raison que j’ai partagée avec mon maître Maurice Allais, prix Nobel de science économique en 1988 : il faut utiliser l’intelligence humaine pour tenter d’éviter les malheurs collectifs.

Texte publié dans Michel Rocard et Nicole Gnesetto (dir.), Notre Europe, Paris, Robert Laffont, 2008

Les relations transatlantiques ont été façonnées par un double héritage : celui de l’expérience individuelle de chaque pays européen avec le Nouveau Monde et celui de la guerre froide. Il en résulte une double série d’histoires et de représentations géopolitiques qui interfèrent, de sorte qu’au début du XXIe siècle, la diversité caractéristique de la culture de l’Union européenne (UE) se projette inéluctablement dans ses relations avec les États-Unis. Ainsi les États-Unis nous divisent-ils dans un double sens. D’une part, parce que nous sommes divisés entre nous vis-à-vis d’eux.

Discours à l’occasion de l’installation de S.A.R. le Prince El-Hassan Bin Talal de Jordanie à l’Académie des sciences morales et politiques le 16 juin 2008

En accueillant Votre Altesse Royale en son sein, notre compagnie a voulu rendre hommage à un homme d’État ; à un penseur de la politique, chercheur inlassable de solutions constructives et respectueuses des droits fondamentaux de l’homme ; à un humaniste, convaincu de la complémentarité des civilisations ; à une figure majeure d’un islam modéré et moderne.

Conférence prononcée le 6 janvier 2006 à France-Amériques en ouverture des célébrations du tricentenaire de la naissance de Benjamin Franklin

Benjamin Franklin est né à Boston, le 17 janvier 1706. Lorsque, soixante-dix ans plus tard, en décembre 1776, il débarqua, mandaté par le Congrès continental (le seul organe de gouvernement commun aux treize colonies de 1774 à 1788) pour obtenir le soutien de la France – six mois après la Déclaration d’indépendance américaine à laquelle il avait contribué en donnant à Jefferson des leçons de concision dans l’écriture –, une réputation inouïe le précédait. Il était, selon une formule que certains prêtent à Turgot et d’autres à d’Alembert, l’homme « qui avait arraché la foudre au ciel et le sceptre aux tyrans »

Adapté du texte introductif du volume Pratiques de la négociation, sous la direction de Thierry de Montbrial et Sabine Jansen, Bruxelles, Bruylant, 2004, p. 11-27

Nous passons notre vie à négocier, le plus souvent sans même nous en rendre compte. La vie est une suite de négociations. Il s’agit donc d’un thème universel. Il fait l’objet de toute une littérature théorique et s’enseigne aujourd’hui dans les écoles de commerce ou d’ingénieurs. Mais, en règle générale, les gens se préoccupent davantage du résultat que du processus qui y conduit. Ce qui leur importe, c’est l’accord signé, la décision prise ou le prix finalement payé. De même que, en matière de gastronomie, on juge de la qualité d’un plat avant tout sur ses saveurs, sur le plaisir qu’il procure et non sur son mode de confection à l’office.

Texte publié sous le titre « Franco-American Relations: A Historical-Structural Analysis » dans Cambridge Review of International Affairs, vol. 17, n° 3, octobre 2004.

Pour traiter des relations entre deux pays, il faut un cadre analytique, auquel le début du présent chapitre est consacré. Le lecteur pressé d’en arriver au fait pourra sauter ces quelques paragraphes et aborder directement les relations franco-américaines, traitées ici dans une perspective historique. Je conclurai avec quelques brèves réflexions sur la situation consécutive à la guerre de 2003 pour le changement de régime en Irak.

Version remaniée – mais dont le style oral a été conservé – de l’exposé introductif au colloque « L’identité de la France et l’Europe » tenu à Fondation Singer-Polignac le 23 juin 2004. Cf. Thierry de Montbrial et Sabine Jansen (dir.), L’Identité de la France et l’Europe, Bruxelles, Bruylant, 2005

Il est frappant de constater, lorsqu’on voyage à travers le monde, que les Français semblent les seuls à souffrir d’un mal profond, prenant sa source dans un sentiment de remise en question de leur identité. Il y a naturellement des pulsions identitaires ici et là, qui conduisent à des drames comme l’éclatement de la Yougoslavie et bien d’autres. Mais cette sorte de sentiment de décomposition de la personnalité française me semble être une spécificité de l’Hexagone qu’il paraît utile d’explorer. Du reste, la floraison d’écrits sur la question identitaire prouve combien le sujet est d’actualité.

Communication à l’Académie des Sciences Morales et Politiques le 4 juin 2004

La dernière vague d’élargissement de l’Union européenne, célébrée le 1e mai 2004, a porté de quinze à vingt-cinq le nombre des Etats membres. Elle a été largement saluée par les peuples concernés comme un grand pas vers la reconstruction de ce que géographes et historiens appellent vaguement notre « continent ». Avec l’adjonction de la Roumanie et de la Bulgarie en 2007, nous serons bientôt vingt-sept, sans compter vraisemblablement plus tard la Croatie, puisque la Commission de Bruxelles a émis un avis favorable à l’ouverture des négociations et qu’il ne s’agit pas d’un gros morceau.